
Selon l’Institut de la statistique du Québec, autour de 26 % de la population aura plus de 65 ans d’ici 15 ans. Et depuis plus de 20 ans, c’est le groupe des 65 à 74 ans qui enregistre les plus hauts taux de participation aux élections, tant provinciales que fédérales.
Cette force de frappe devrait se matérialiser par des revendications claires et organisées autour d’enjeux urgents, dont celui du logement et du maintien à domicile. Le temps est venu de réfléchir à une communauté vibrante, forte d’un réseau d’aide et de soutien.
Nous sommes face à une nouvelle génération de « jeunes vieux ». On parle de retraités actifs et engagés, qui peuvent encore espérer plusieurs années de contribution au vivre-ensemble.
Cette tranche de la population, qui augmente de façon exponentielle, va être appelée à réclamer le pouvoir de son nombre. Et, nous l’espérons, à parler de plus en plus fort !
Comment penser ce changement démographique ? Simone de Beauvoir écrivait, il y a plusieurs décennies, que la vieillesse était un impensé de la société. Imaginez ce qu’elle en dirait maintenant ! Il est plus que temps de s’atteler à la tâche. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que de telles questions autour de la longévité se posent. Devant ce tsunami de têtes blanches, c’est à un projet social, financier, communautaire et culturel qu’on doit aspirer.
On doit réfléchir au-delà des structures existantes de RPA ou de CHSLD. Repenser les modèles d’habitation, de soutien à domicile et de vie communautaire, conçus par et pour les principaux intéressés, en développant un concept de cité plus inclusive, sécuritaire et égalitaire.
Tous les gériatres sociaux le disent : il faut multiplier les mesures pour accompagner les aînés et pour voir venir les besoins au lieu d’agir toujours en urgence.
Ce n’est pas qu’au moment de grandes canicules, de tempêtes ou de pannes d’électricité prolongées qu’il faut aller cogner à toutes les portes de personnes seules et âgées pour voir si elles survivent, mais bien instaurer un processus continu de présence, de soutien et de participation à cette communauté.
Les pompiers et les policiers surveillent en cas de force majeure, mais dans le quotidien ordinaire, la solitude et l’isolement fragilisent les plus vulnérables. Ce n’est pas pour rien que la solitude est décrite comme la maladie du siècle… maladie qui touche principalement cette génération vieillissante.
Ne devrions-nous pas lancer cette discussion qui comprend toutes les générations, qui valorise la cohabitation plutôt que l’exclusion, qui permet de partager les préoccupations et les défis de chaque tranche d’âge ?
Chacun est appelé, de plus en plus, à aider son voisin, son proche, son ami. Il y a les tempêtes, les trottoirs glacés, les inondations, les canicules, et il y a même eu la pandémie. Toutes ces situations appellent à une sorte de « fraternité non spécialisée », une proche aidance élargie. La proche aidance ne devrait pas être qu’une affaire personnelle, mais l’affaire d’une communauté.
On dit que ça prend un village pour élever un enfant… c’est la même chose pour soutenir et accompagner les aînés.
Plusieurs cultures en ont fait une priorité, mais en Occident et dans plusieurs pays industrialisés, les aînés sont le parent pauvre de nos sociétés. Ils deviendront, par leur nombre grandissant, de plus en plus visibles.
Il n’y a pas si longtemps, on habitait avec nos grands-parents, on vivait dans les mêmes quartiers, ou sur les mêmes terres.
La solitude, la précarité financière et la vulnérabilité physique et psychologique accompagnent de nos jours beaucoup trop d’aînés qui doivent se résigner à ne rien demander, ou presque. Ou alors ils se retrouvent aux urgences d’un hôpital, sans moyens, avec un temps d’attente inacceptable pour trouver un endroit où loger, après avoir mobilisé un lit d’hôpital pendant des semaines, voire des mois.
Le nombre d’aînés ayant des besoins de soutien à l’autonomie augmentera très significativement, de même que les coûts qui y sont associés. Le Québec est-il prêt à affronter ce vent de face ?
Quels seront les projets d’habitation qui leur conviendront ? Comment se payer une résidence privée ? L’État est déjà dépassé par les demandes.
On l’a constaté avec le projet de maisons des aînés, aussi emballant soit-il. Il a vite montré ses limites, avec des coûts importants. Le Québec investira-t-il vraiment les montants gargantuesques liés au logement, au maintien à domicile et aux soins de cette nouvelle population vieillissante ?
Vieillir dignement est un projet de société qui inclut un logement décent et approprié, dans un environnement qui unit et soutient au lieu de marginaliser.
« Nous nous sommes assurés de l’aide médicale à mourir dans la dignité. Nous avons oublié de nous assurer de l’aide à vieillir dans la dignité », écrivaient Nancy Roy et Jean-Pierre Marcoux dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir en février1. Il est grand temps de se rattraper.